• Portraits aux livres

    Deux éléments concomitants viennent se télescoper dans cet article : une demande iconographique, et une communication de très très gros livres... qui donnent à réfléchir sur le portrait à travers le temps.

    Notre premier portrait est celui de Luther, en pied, dans son cabinet de travail, avec un bureau, une chaise dont la dureté apparente est adoucie par un coussin généreux, un lutrin sur le bureau pour incliner les ouvrages à lire ou écrire, des livres (petits et gros), un encrier, un sablier... et un cygne.

    Portrait aux livres

    Luther, gravure allemande, cote : LU42 (©SHPF, Paris)

    On peut raisonnablement se douter que Luther, dans son bureau, ne travaillait pas avec un cygne, qui a donc ici une valeur symbolique. Il fait référence à une phrase attribuée à Jan Hus, emprisonné et condamné à être brûlé vif par la papauté au Concile de Constance, qui déclara : "Ils peuvent tuer l'oie [dans sa langue, hus signifie oie], mais dans un siècle apparaîtra un cygne qu'ils ne pourront brûler !". Luther était ainsi surnommé "le cygne d'Eisleben" (sa ville de naissance), et d'autres portraits le montrent accompagné de cet animal.

    Vous pouvez aussi remarquer la mise en évidence, sur un premier plan par rapport à Luther, d'une grosse Bible posée par terre, dont on sait le contenu du fait que sa tranche est écrite ou peinte selon son titre. L'Ecriture prime sur le réformateur.

     

    Passons quelques siècles, et intéressons-nous au portrait ci-dessous : ce n'est pas un autoportrait photographique (il faut bien que les bibliothécaires servent encore à quelque chose...), car il est bien difficile de porter un livre de 20 kg d'une main pendant que l'on tient son smartphone de l'autre...

    Portrait aux livres

    Mr Drew, avec son aimable autorisation

    Il s'agit donc de M. Drew, qui fait des recherches sur l'histoire des impressions de Luther à Wittenberg, et se doit donc de vérifier livre en main ce type d'impressions du premier 16e siècle. Devant les lacunes de notre catalogue (fiches sans date ni nom d'imprimeur...), il a donc été amené à demander en même temps... les deux volumes quasiment les plus imposants que nous ayons (de ceux que l'on prend et que l'on range à deux, en haut de l'échelle, pour ne pas risquer de chuter sous leur poids sans être rattrapée par sa collègue...). Il a donc souhaité immortaliser cette monumentale rencontre par un portrait.

    Qu'y voit-on ? Un homme qui sourit, portant une énorme Bible, alors qu'une autre est posée sur un lutrin, lui-même sur une table de travail. Une prise branchée évoque, hors champ, la présence d'un ordinateur portable, et le temps qui passe est compté sur l'écran du téléphone qui a servi à prendre la photographie. On voit aussi que M. Drew n'est pas chez lui, mais dans une bibliothèque, dans laquelle la dureté des chaises n'est pas adoucie par des assises moelleuses (il ne faudrait pas exagérer, on n'est pas chez Google ® : étudier, ça doit faire mal à la tête ET au dos !)...

     

    Entre les deux portraits, donc, quelques différences : un sourire, le confort (c'était mieux avant...quoi que, question chauffage, peut-être pas, finalement !), le lieu (privé/collectif), la technique (gravure avec symbole/photographie réaliste)...

    Sinon, beaucoup de similitudes : l'ordinateur est l'encrier d'aujourd'hui, le smartphone un sablier moderne, le lutrin... un lutrin, la Bible... une Bible, l'érudit... un érudit (au moins en devenir) !

    Donc, n'hésitez pas : photographiez-vous ou faites-vous photographier avec votre livre ancien préféré, et épatez vos amis érudits avec une parenthèse de légèreté !

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